Collectif des victimes d’abus sexuels par des prêtres jésuites – Feuille de route


Communication / mardi, mai 27th, 2025

Ce collectif a pour vocation de rassembler le plus grand nombre de victimes d’agressions sexuelles commises par des prêtres jésuites ou des laïcs employés par la Compagnie de Jésus, les aider à se libérer de l’emprise mortifère toujours active de leurs agresseurs (enfermement, isolement, culpabilité, honte, peur, silence), les encourager à parler et à échanger leurs expériences. Il vise aussi à permettre d’établir un dialogue réel et de travailler de concert avec les jésuites sur un certain nombre d’objectifs essentiels pour briser le silence et rendre dignité et justice aux victimes. Toute personne sensible à cette démarche peut aussi rejoindre ce collectif.

Récemment, Jean-Marc Sauvé, Président de la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église) et Antoine Garapon, Président de la CRR (Commission Reconnaissance et Réparation) ont constaté, avec beaucoup de dépit, que seulement 1 % des 330 000 victimes d’agressions sexuelles commises au sein de l’Église catholique avait contacté la CRR et l’INIRR (Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation).1

De 1949 à ce jour, en France et en Belgique, 129 jésuites identifiés par la Compagnie de Jésus se sont rendus coupables d’agressions sexuelles sur des personnes mineures et majeures. À ce jour, à raison de 63 victimes/agresseur – taux moyen estimé par la CIASE -, 8000 de leurs victimes resteraient silencieuses.2

Notre expérience est qu’il est extrêmement difficile à une victime de parler, surtout lorsqu’elle a intériorisé et muselé sa souffrance depuis 30, 50 ans, voire plus encore. Mais aussi, qu’arriver à parler est un premier pas très efficace vers l’apaisement de la souffrance, comme en ont témoigné de très nombreuses victimes.

En 2021, les jésuites invitaient les victimes à briser le silence et reconnaissaient que pour savoir combien de personnes victimes restent silencieuses, et « pour mesurer l’ampleur du problème, on ne peut donc nulle part – ni en France ni ailleurs – se contenter de recenser les plaintes et les témoignages. En d’autres mots : tout témoin est le porte-parole de bien d’autres qui resteront discrets ». En mars 2023, ils répétaient « leur résolution de faire la lumière sur les exactions commises dans le passé » et promouvaient le lancement d’appels à témoins sur leur site. En décembre 2024, lors d’un colloque « Sur une expérience de justice réparatrice » organisé par la CRR, aux Facultés Ignace de Loyola, un sondage révélait que personne, hormis quatre jésuites parmi l’assemblée, n’avait entendu, vu lesdits appels3. Or les victimes laissées pour compte continuent de souffrir dans l’ombre, s’épuisent, et peu à peu, s’éteignent en silence. Le temps presse. Seule une action collective et médiatisée pourra convaincre les jésuites à mettre réellement en pratique le Magis (le toujours plus) qu’ils prônent à l’envi et s’engager réellement vers davantage de transparence, de justice, d’humilité, et prendre plus en compte la souffrance de toutes les victimes ainsi que les alertes leur indiquant des moyens d’aide possibles à mettre en œuvre.

Rendre publique la liste nominative des 129 prêtres jésuites identifiés pour violences sexuelles, en France, de 1950 à aujourd’hui, ainsi que les lieux dans lesquels et les années durant lesquelles ils ont sévi – à l’instar des jésuites américains et canadiens4 qui ont, eux, publié, avec courage, audace et humilité, la liste de leurs membres abuseurs – contribuerait à inciter les victimes à parler (réf. Affaires Abbé Pierre, Bétharram, Frères de Saint-Gabriel, etc.). La CRR a constaté que la médiatisation avait permis l’augmentation des saisines. Car voir ou entendre le nom de son agresseur permet d’évoluer du statut de coupable à celui de victime – notamment en s’apercevant qu’on n’est pas la seule victime de son agresseur mais qu’il en a fait beaucoup d’autres -… Et d’évoluer du statut de victime, à celui de témoin ! Et par crainte de l’exposition médiatique, la peur et la honte changeant de camp, les pédocriminels ne pourront plus aisément se permettre de se croire protégés par le silence et l’impunité de leur institution. « Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne soient dénoncées » (Jean, 3-20).

De même, un cabinet expert, tiers indépendant, doit être mandaté pour enquêter sur les jésuites identifiés et rechercher les 2300 à 6000 victimes potentielles non identifiées. Plus en confiance, les victimes viendraient plus nombreuses pour témoigner (réf. Affaires Abbé Pierre, Bétharram, Focolari, MEP, etc.)

Tendre la main pour encourager à parler, tel est l’appel de ce collectif, initié par Roland TRAN VAN et Jean-Pierre MARTIN-VALLAS, tous deux victimes d’agressions sexuelles par des prêtres jésuites dans leur enfance.

Si vous souhaitez rejoindre ce collectif, vous pouvez nous contacter à cette adresse : covijez@gmail.com

Les adhérents seront tenus au courant de nos actions, de nos contacts, de nos échanges de correspondance, via une page Facebook et par un blog sur internet. https://covijez.over.blog

Plus nous serons nombreux, plus nous serons efficaces.


  1. Organismes créés en novembre 2021, suite à la remise du rapport de la CIASE, pour reconnaître et réparer les personnes victimes de violences sexuelles commises par des membres d’instituts religieux et dans l’Église ↩︎
  2. Environ 3200 si l’on accepte l’estimation jésuite de 25 victimes/agresseur) ↩︎
  3. Sur une expérience de justice réparatrice, Colloque CRR, 12/12/2024, Vimeo, 02.31.00 à 02.37.40 ↩︎
  4. « On a posé un geste d’humilité ». Après tout, publier une telle liste, enquêter et faire la lumière sur des gestes honteux du passé, vérifier les dossiers de tous ceux qui ont fait profession depuis les années 1950, c’est « une humiliation ». Mais si les jésuites veulent « être fidèles à leurs racines, ils doivent demander d’avoir la grâce du courage ». Ils doivent aussi faire preuve de « proactivité envers cette réalité qui a blessé beaucoup de personnes ». « Humilité et audace » … Des valeurs bien jésuites qui peuvent « ouvrir la porte à la vraie réconciliation. » Père Erik OLAND sj, Ordre des Jésuites du Canada ↩︎


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