Nos objectifs

Aujourd’hui, seulement 1 % des 330 000 victimes d’agressions sexuelles commises au sein de l’Église catholique a contacté la Commission de Reconnaissance et de Réparation (CRR) et l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (INIRR).1

Notre expérience est qu’il est extrêmement difficile à une victime de parler, surtout lorsqu’elle a intériorisé et muselé sa souffrance depuis 30, 50 ans, voire plus. Mais aussi, que parler est un premier pas très efficace vers l’apaisement de la souffrance, comme en ont témoigné de nombreuses victimes.

Rassembler le plus grand nombre de victimes d’agressions sexuelles commises par des prêtres jésuites ou des laïcs employés par la Compagnie de Jésus, les aider à se libérer de l’emprise mortifère toujours active (enfermement, isolement, culpabilité, honte, peur, silence) de leurs agresseurs – vivants ou décédés -, les encourager à parler et à échanger leurs expériences, et établir un dialogue réel et travailler de concert avec la Compagnie de Jésus sur un certain nombre d’objectifs essentiels pour briser le silence et rendre dignité et justice aux victimes, tel est l’objet de notre collectif.

En 2021, les jésuites invitaient les victimes à briser le silence et reconnaissaient que pour savoir combien de personnes victimes restent silencieuses, et mesurer l’ampleur du problème, on ne peut donc nulle part – ni en France ni ailleurs – se contenter de recenser les plaintes et les témoignages. En d’autres mots : tout témoin est le porte-parole de bien d’autres qui resteront discrets.

Dans son compte-rendu d’activité 2022, la CRR rapporte que l’impact des médias est donc indiscutable sur le nombre de saisines, (ref. Affaires Abbé Pierre, frère Gabriel Girard, Bétharram, Focolari, MEP, …)

Donc, pour savoir combien de victimes restent silencieuses et les encourager à parler, nous renouvelons notre demande auprès de la Compagnie de Jésus de :

Rendre publique la liste nominative des prêtres jésuites identifiés pour violences sexuelles, les lieux dans lesquels et les années durant lesquelles ils ont sévi – à l’instar des jésuites américains et canadiens2 -. Car voir ou entendre le nom de son agresseur permet d’évoluer du statut de coupable à celui de victime – notamment en s’apercevant qu’on n’est pas la seule victime de son agresseur mais qu’il en a fait beaucoup d’autres -. « La joie m’a saisi quand le nom de l’agresseur fût prononcé par un autre que moi, je n’avais pas déliré, j’étais sauvé. » écrit Patrick Goujon, jésuite, lui-même victime d’agressions sexuelles dans son enfance par un prêtre, dans son livre Prière de ne pas abuser.

Mandater un cabinet expert, tiers indépendant, et lui donner tous les moyens – notamment l’ouverture des archives – pour enquêter sur les jésuites pédocriminels identifiés.


  1. La CRR et l’INIRR ont été créées en novembre 2021, après à la publication du rapport de la CIASE, pour reconnaître et réparer les personnes victimes de violences sexuelles commises par des membres d’instituts religieux et dans l’Église. ↩︎
  2. « On a posé un geste d’humilité ». Après tout, publier une telle liste, enquêter et faire la lumière sur des gestes honteux du passé, vérifier les dossiers de tous ceux qui ont fait profession depuis les années 1950, c’est « une humiliation ». Mais si les jésuites veulent « être fidèles à leurs racines, ils doivent demander d’avoir la grâce du courage ». Ils doivent aussi faire preuve de « proactivité envers cette réalité qui a blessé beaucoup de personnes ». « Humilité et audace » … Des valeurs bien jésuites qui peuvent « ouvrir la porte à la vraie réconciliation. » Père Erik OLAND sj, Ordre des Jésuites du Canada ; https://presence-info.ca/article/actualite/justice/publication-de-la-liste-des-jesuites-abuseurs-un-premier-bilan/ ↩︎