Témoignage de Roland Tran Van, victime de Louis Mouren
J’ai été victime d’agressions sexuelles de la part de Louis Mouren, prêtre jésuite, fondateur-responsable de l’association Les Liens Brisés. De 1954 jusque dans le milieu des années 80, cette association a pris en charge plus de 1500 garçons. C’est dans l’orphelinat des soeurs de Saint-Vincent de Paul, à Saint-Germain en Laye qu’il m’a prélevé en 1967 ; et il s’est « bien occupé » de moi : la première fois, dans la Maison des jésuites du 42 rue de Grenelle à Paris ; ensuite, à plusieurs reprises, jusqu’en janvier 1972, date de mon renvoi de l’école Saint-Euverte d’Orléans où il m’avait placé. Début des années 2000, je découvre que, dans l’immédiat après-guerre, aumônier au camp de Nexon puis à la prison de Fresnes, il a accompagné quelque 120 condamnés à mort au poteau d’exécution dont les principales figures du gouvernement du Régime de Vichy et de la Collaboration (Pierre Laval, Joseph Darnand, Fernand de Brinon, Robert Brasillach, Jean Luchaire, Jean Hérold-Paquis…). Pour certains, après-guerre, chaque année, à la date anniversaire de leurs exécutions, il célébrait des messes en leurs mémoires… Depuis 1985, le très charitable Louis Mouren, repose en paix, avec les honneurs, au cimetière de Vaugirard.
Après la publication du rapport de la CIASE – soit 54 ans après la première agression -, j’ai voulu témoigner face à un jésuite, rue de Grenelle. Je me suis signalé ensuite auprès de la CRR qui m’a reconnu, a recommandé aux jésuites, de m’adresser une lettre de repentance et d’excuse formelle des abus subis et de leurs conséquences sur ma vie, de lancer un appel à témoignage citant nommément mon agresseur, et de me verser le maximum de la réparation financière prévue par son barème. Ma participation à l’écriture du livre Quand le diable a revêtu l’habit a permis de lever son anonymat. Le 14 avril 2025, je lui ai retourné sur la tombe où il reposait en paix, ses liens brisés et, pour l’éternité, la vérité sur ses crimes.
Nul ne peut guérir de ces violences traumatisantes à vie. Mais témoigner permet de sortir de l’enfermement, de l’isolement. De se décharger de la honte, de la culpabilité, du silence, de la peur. De lancer aux agresseurs qu’ils ne pourront plus se croire protégés par le silence et l’impunité de leur institution. De recouvrer sa dignité.
Louis Mouren, décédé en 1985, a pu commettre d’autres agressions.
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